À quoi sert une série télé ? A divertir, certes, mais pas uniquement. Au même titre que les films, les séries sont aujourd’hui de plus en plus étudiées et décortiquées, comme Six Feet Under, The Sopranos, Mad Men, Boardwalk Empire… L’un des exemples les plus frappants de cette évolution est sans doute le succès rencontré par la série The Wire (« Sur écoute » en France), créee par le génial David Simon (Generation Kill, Treme et ancien journaliste au Baltimore Sun City Desk) et diffusée de 2002 à 2008 sur HBO. Après être entrée à Harvard, la série préférée de Barack Obama a récemment fait l’objet d’un séminaire à l’Université Paris 10 Ouest-Nanterre. Véritable brûlot politique nous plongeant dans le malaise de l’Amérique d’aujourd’hui, The Wire nous permet de mieux comprendre la société américaine, ses institutions et ses parts d’ombres.

 

Baltimore, ville américaine en crise, au début des années 2000. La ville est séparée en deux. D’un côté, le ghetto noir, où le trafic de drogues règne en maître, géré par ses barons (Avon Barksdale, Russell Bell), ses lieutenants (Angelo Barksdale, joué par Larry Gilliard Jr) et ses vendeurs de rue. De l’autre, les policiers qui tentent, par tous les moyens (écoute téléphonique, infiltration…) de mettre fin à ce trafic géré par des gangs sans scrupules: la tête brulée Jimmy McNulty, joué par Dominic West, le davantage posé Lester Freamon, joué par Clarke Peters. Autour de ces deux mondes gravitent des personnages excentriques, comme Omar (joué par Michael K. Little), sorte de « Robin des bois » homosexuel ne s’attaquant qu’aux trafiquants. Au dessus de ce petit monde, gravitent des politiciens, pas toujours très honnêtes.

 

L’intérêt de The Wire est de nous décrire, avec un grand réalisme, « la vie sociale, économique et politique d’une ville américaine avec une profondeur, une précision et une vision morale dignes de la grande littérature » (Jacob Weisberg, Slate Magazine). The Wire rend compte, avec subtilité et absence totale de manichéisme, du quotidien dans les ghettos d’une ville en crise (50% de chômage, 300 meurtres par an…), symbole du déclin industriel, loin de l’Amérique prospère que l’on a l’habitude de voir. Avec cette vision d’une Amérique ouvrière, précaire, désespérée et abandonnée, que tente de fuir Hollywood, rarement une série nous aura offert une si riche palette de personnages, de communautés ethniques et de classes sociales. Ce parti-pris du réalisme sans concession n’est pas sans rappeler une autre série, The Shield, créee par Shawn Ryan, et diffusée sur FX de 2002 à 2008. La lutte contre la drogue de Jimmy NcNulty dans les quartiers sensibles de Baltimore n’est pas sans rappeler celle de Vic McKay (impressionnant Michael Chiklis) dans le quartier, fictif, de Farmington à Los Angeles.

 

Mais The Wire, bien plus complexe qu’une simple série policière, ne se contente pas de confronter dealers et policiers, de façon superficielle. Le rythme est lent, mais jamais ennuyeux. On suit, pas à pas, le travail minutieux des enquêteurs, à la manière d’un documentaire ne cherchant pas à embellir, par des effets de style, la dramaturgie de l’action. Comme le rappelait Lester Freamon dans la saison 1, « You follow drugs, you get drug addicts and drug dealers. But you start to follow the money, and you don’t know where the fuck it’s gonna take you » (« Lorsque l’on remonte la filière de la drogue, on trouve des junkies et des dealers. Mais si on commence à suivre la filière de l’argent, alors on n’a aucune putain d’idée de vers où on se dirige »).



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