Après son triomphe amplement mérité, lors du dernier Festival de Cannes, pour son film Amour avec Jean-Louis Trintignant, nous avons souhaité dans notre quatrième édition des Chroniques du Cinéma revenir sur un film particulièrement marquant du réalisateur autrichien Michael Haneke, qui avait d’ailleurs remporté la Palme d’Or en 2009 des mains de la Présidente du jury, Isabelle Huppert. Nous voulons bien entendu parler du film « Le Ruban blanc ».

La vie semble paisible dans ce petit village agricole niché au nord de l’Allemagne protestante, à la veille de la Première Guerre mondiale. Pourtant, des événements étranges commencent à bouleverser ce cadre de vie si serein. Le médecin du village chute violemment de son cheval à cause d’un fil mystérieusement tendu entre deux arbres, un potager est saccagé, une paysanne meurt brutalement, le fils du baron est kidnappé et roué de coups… Alors que l’on pense d’abord à de simples coïncidences, la suspicion gagne vite toutes les âmes. Et si ces évènements étaient liés ? Qui se cache derrière de tels actes ?

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 Avec ce film si particulier, Michael Haneke renoue avec un thème qui lui est particulièrement cher, l’origine de la violence, du mal. Il ne cherche pas à mettre un nom sur ces actes violents, d’ailleurs le ou les responsables ne seront jamais véritablement démasqués. Le réalisateur tente de comprendre comment une communauté, apparemment sans histoires, peut ainsi sombrer dans la violence, à la manière de David Cronenberg (« Les Promesses de l’ombre », 2007, avec Viggo Mortensen, Naomi Watts et Vincent Cassel). Haneke commence son enquête en nous faisant pénétrer dans tous les foyers de ce petit village, celui du baron, du pasteur, du médecin, d’un paysan… Nos soupçons se portent alors rapidement sur une bande d’enfants, bande menée par le fils du pasteur. On découvre alors des familles où la violence, tant physique que morale, est omniprésente. Par exemple, le pasteur, d’une rigidité et d’une froideur glaciale, n’hésite pas à rouer de coups son propre fils lorsqu’il le surprend en train de découvrir les plaisirs de la chair et à lui faire porter un « ruban blanc », afin qu’il se souvienne de la distance qui le sépare de la pureté exigée par la religion chrétienne. Plus le film avance, plus l’horreur gagne d’un cran. Le sommet est sans doute atteint lors de l’altercation entre le docteur du village et sa gouvernante, simplement verbale, mais d’une violence inouïe. Cette rigueur extrême et cette cruauté incroyable, soucieuse de briser rêves et envies des jeunes générations et de les enfermer dans un carcan social et religieux, poussent les enfants à chercher un moyen d’échapper à ce quotidien oppresseur. Ils répondent à la violence par la violence. Ils retournent leur haine, leur colère et leurs ressentiments, non pas envers leurs parents, mais envers les autres, qui sont souvent plus faibles qu’eux. Face à la soumission exigée par les parents, face aux coups de fouet quotidiens, les jeunes enfants ne connaissent que la violence pour échapper à la violence. Ils n’hésitent pas, par exemple, à rouer de coups un camarade handicapé avec une haine incroyable. L’une des scènes les plus épouvantables du film est sans conteste celle où la fille du pasteur, opprimée par la cruauté de ce dernier, décide de tuer à l’aide d’un ciseau l’oiseau tant aimé par son père.

Le constat de Haneke est sans appel. La violence est partout. Avec ce film, le réalisateur nous livre un film austère, le noir et blanc aidant, et souvent pénible à regarder du fait de la cruauté qui fait ressentir sa présence à chaque séquence. On quitte ces jeunes enfants le cœur noué. Mais que vont-ils devenir dans vingt, trente ans ? Même si le réalisateur ne l’explicite pas, le spectateur comprend vite que ces jeunes bambins, brisés au nom de la morale et remplis de haine, joueront un rôle central dans l’avènement du nazisme en Allemagne. La noirceur a envahi leurs cœurs pour ne plus jamais les quitter.

Matthias Michel



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